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Muse Baroque - August 2008
about the disk "La Dafne"
Note : 5 Muses
De la vigueur du jaune poussin...

D’un jaune poussin proche du fluorescent, imprimé de feuillages parfois bleutés et d’une figure féminine à la chevelure écarlate, le disque de Fuoco E Cenere intrigue par sa présentation. (...) Une fois fait à l’idée de voir sa discothèque recolorée, l’on découvre sous la direction de Jay Bernfeld de fort belles voix et une instrumentation modeste (7 musiciens) qui placent l’intelligibilité du texte au centre de leur interprétation. (...) La Sinfonia nous met dès lors dans l’esprit de l’Å"uvre ; la flûte légère et pastorale de Patricia Lavail évoque l’importante place tenue par les bergers tout en annonçant le dramatique dénouement.

Comme le prescrivit da Gagliano dans sa préface, le continuo - dans lequel le théorbe d’André Henrich fait merveille - épouse les moindres accents et nuances des chanteurs tout en les faisant progresser dans la phrase. Chacun possède parfaitement son rôle, tant du point de vue du texte et de la partition que sur celui des sentiments du personnage. Daphné Touchais incarne un Amour juvénile et très susceptible qui réagit avec une violence impulsive aux taquines provocations d’Apollon. Son recitar cantando, parfaitement maîtrisé, fait ressortir à merveille ces réactions enfantines, cet amour propre vexé, bouleversant la métrique, brisant la ligne mélodique de manière instable et surprenante. A l'inverse, le chant pur et agréablement timbré de Chantal Santon fait émaner la pudeur et la chasteté propre à Dafne qui refuse de céder à l’amant céleste. Prise de désespoir, cette-dernière implore les dieux de venir à son secours.  Quant à la Vénus de Guillemette Laurens, celle-ci captive l'auditeur par son timbre soyeux de grande tragédienne, totalement investie.

Et, en définitive, si ce troisième enregistrement de la Dafne n'a pas la luxuriance de Garrido (K 617) ou les irremplaçables Nigel Rogers et Barbara Schlick de la vieille version Jürgens (Archiv), il s'agit sans nul doute à ce jour de la lecture la plus théâtrale de cette Favola pastorale.
Isaure